re du livre Vital Darbellay
Couverture du livre Vital Darbellay, Artisan de la solidarité

Les marianistes

On est en 1959. Vital enseigne depuis dix ans au Collège Sainte-Marie de Martigny. Il a la mission de préparer les candidats aux examens d’entreée à l’École normale des instituteurs. (CPEN = Cours préparatoire à l’École normale). Mais son seul diplôme d’instituteur ne lui autorisera bientôt plus à enseigner à̀ ce niveau. La loi en préparation exigera certainement un titre universitaire pour professer au Collège.

 

L’Abbé Boucard, son directeur, pousse Vital vers l’université́. À ses yeux, il ferait un excellent prof de math et de sciences. Il lui propose donc de reprendre ses études. Mais pour Vital, cette perspective bien que séduisante n’est guère envisageable. Il lui faut subvenir aux besoins de sa famille qui allait prochainement recevoir un troisième enfant. Le directeur Boucard trouve tout de suite la solution. Il prie Vital de ne pas se faire du souci, il pourra venir quand il veut, au Collège, chercher ce qu’il faut pour faire tourner le ménage. Les montants avancés seront à̀ rembourser dès la fin des études. Tous ces arrangements se font sans un papier, sans une signature. La confiance règne. Difficilement imaginable aujourd’hui où l’on croule sous la paperasse dont les administrations raffolent.

 

Donc, à Pâques 1960, Vital débarque à Fribourg. Il loge chez les Marianistes; la pension ne lui coûte pas trop cher. À l’Uni, les cours sont donnés en allemand. Vital y va sans appréhension. Il est assez sûr de lui. D’ailleurs, beaucoup de gens, dont son père, se demandent bien ce qu’il pourrait encore apprendre à̀ l’Uni. Mais là, une mauvaise surprise l’attend. Au premier cours, il ne comprend rien du tout; ni la langue, ni les formules de physique bourrées d’alpha, de beta, de phi, de rho et d’oméga. À la fin de la leçon, il comprend enfin un mot: «Aufgabe», il y aura donc des devoirs à faire à la maison. Mais les choses s’arrangent assez vite. Vital est bientôt à l’aise avec les matières enseignées: mathématiques, physique, chimie, géographie et pédagogie. Sa réputation de matheux se répand parmi ses condisciples. Des étudiant(e)s comptent sur lui pour trouver les bonnes réponses. Mais le prof n’est pas dupe; une fois, alors qu’il avait déniché́ une erreur dans le devoir de Vital, il retrouva cette faute dupliquée sept fois; le prof rendit à Vital les huit cahiers…

Muni de son diplôme universitaire, Vital enseigne au Collège de Martigny jusqu’en 1969. Il sera ensuite et durant dix ans directeur de la nouvelle École professionnelle de Martigny.

 

P. 58-59 de Darbellay Charly, Vital Darbellay. Artisan de la solidarité, Editions Soleil Blanc, chroniques culturelles et sociales, 2018, 88 pages

les syndicats chrétiens valaisans

Le 1er mars 1968, un jeune homme rejoignait les syndicats chrétiens valaisans pour ne plus vraiment les quitter. Cet homme allait aussi pendant 16 ans être une des voix les plus écoutées au Parlement helvétique, tout en assumant d’importantes fonctions au sein du PDC suisse. Pionnier de la politique familiale en Suisse, Vital Darbellay allait marquer durablement l’action syndicale chrétienne en Valais. En effet pour nous, ce prénom évoque avant tout 25 ans à la tête de notre mouvement syndical, dont 20 ans comme président.

 

Par une heureuse coïncidence ou par un joyeux clin d’œil du destin, c’est également cette année que sort aux Editions Soleil Blanc, un livre retraçant les hauts faits de solidarité de notre Président d’honneur. Et c’est à son frère Charly qu’a échu la lourde responsabilité de coucher sur le papier quelques aspects de cet exceptionnel parcours de vie. Le choix de Charly comme « biographe » n’est pas innocent tant les deux frères, auxquels on peut sans autre rajouter le frère jumeau Arthur, ont beaucoup partagé durant leur existence. Vital enseigna à Charly au collège Sainte-Marie et les deux chrétiens sociaux ont bataillé ensemble durant des années, Vital à Berne et Charly au Grand-Conseil valaisan.

 

On retiendra essentiellement deux points qui nous ont marqué. Tout d’abord, l’auteur nous rappelle qu’au sortir de la Seconde guerre mondiale, il n’existait pas grand-chose au niveau social. Porté par une remarquable prospérité, notre pays s’est doté d’un système social performant et le mérite de Vital Darbellay, comme d’autres, a été de se battre constamment pour une meilleure répartition de la richesse produite en Suisse. Notre Président d’honneur est ainsi sur tous les fronts, qu’il s’agisse d’une fiscalité moins pénalisante pour les familles, de l’amélioration des allocations familiales, en passant par une amélioration de l’AVS, sans oublier l’introduction en 1982 de la LPP (loi sur la prévoyance professionnelle ou 2e pilier).

 

D’autre part, l’engagement de Vital est porté par un sens aigu du partage et de la solidarité, hérité de sa famille et d’une foi chrétienne pratiquée avec joie et confiance. Inspiré par les idéaux de la doctrine chrétienne sociale, Vital ne s’est pas contenté d’être chrétien uniquement le dimanche à la messe, mais a aussi cherché à les mettre constamment en pratique. Ainsi, toutes les pages écrites par Charly concernant les aspects privés et moins connus ont une saveur particulière. Elles suscitent de l’admiration devant l’engagement de Vital et son épouse Lucette.

 

Au final et alors que les SCIV (Syndicats chrétiens interprofessionnels du Valais) fêteront en 2019 leur 90 ans, encore une heureuse coïncidence avec Vital !, le livre de Charly Darbellay nous restitue avec chaleur un engagement constant et cohérent durant des décennies et une belle leçon de vie pour nous toutes et tous.

 

Roland Carrupt

Président des SCI de la région de Martigny.

 

 

Texte paru dans « Info Membres », SCIV, octobre 2018. Reproduit avec l’aimable autorisation de Madame Carole Furrer, présidente cantonale des SCIV.